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Sommaire Le sport il y a 100 ans

Le sport il y a 100 ans

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Nancy et ses associations ont fêté, place Stanislas, le Centenaire de la loi 1901. C'est grâce à elle que la vie associative a vraiment pris son essor. Le sport, évidemment, en a directement bénéficié. Mais, en 1901 à Nancy, quelle est l'image de ce sport ? S'il n'a rien de comparable avec le phénomène de société d'aujourd'hui, il rassemble déjà de nombreux adeptes. II se pratique sous différentes formes : tir, gymnastique, vélocipédie, automobilisme, canotage, patinage, hippisme et plus confidentiellement football qui fait figure de nouveau né. Mais partout avec une autre finalité : la préparation militaire ! L'Armée n'a pas oublié la défaite de 1870. Elle a le souci du physique de la jeunesse.

Donateurs prestigieux

Pour mieux assumer cette nécessité de la préparation militaire, elle s'occupe en priorité de la discipline du Tir. A Nancy, elle est directement impliquée dans les deux Sociétés les plus en vue : celle du 41 e Régiment Territorial et celle du... 42e. A leur tête, les chefs de corps. Comme elles coiffent les sociétés civiles, elles sont mixtes. Celle du 42e englobe la société de Tir de Nancy qui se prévaut de l'héritage des Arquebusiers de la Butte (1570). Avec son président A. Maringer, la S.T. Nancy est fière de la médaille d'or de l'Exposition de Paris 1900. 417 membres participent à de fréquents concours dominicaux, soit au stand Saint Georges, soit à celui du Grémillon à Essey ou encore aux buttes du Fond de Toul, en forêt de Haye. Pour ces tirs à l'arme de guerre, le Commandant du 20ème Corps alloue un contingent de cartouches délivré par la Direction de l'artillerie à Toul. La distribution des Prix de la Société de Tir rassemble le Tout Nancy civil et militaire. Les sponsors, pardon les donateurs, sont là. Plus prestigieux encore aujourd'hui qu'hier Solvay, Tourtel, Gallé, les frères Daum, Vilgrain, BergerLevrault en compagnie des. Brasseries de Maxéville ou de Champigneulles !

Mains libres et pyramides

Un autre personnage de ce Nancy de la grande époque, Alfred Krug, industriel tonnelier, préside le Sport Nancéien, où tir et préparation militaire sont toujours au programme mais où la gymnastique est surtout à l'honneur. II est également à la tête de l'Association des Gymnastes de Meurthe et Moselle. Le Sport Nancéien a eu une section nautique, pratiquement autonome depuis sa création en 1866. Elle s'émancipera complètement, en 1877, pour devenir le Sport Nautique de la Meurthe. Plus récentes, deux autres sociétés de gymnastique ont acquis une renommée voisine : les "Chasseurs Nancéiens" fondés, en 1881, par le capitaine des Sapeurs Pompiers, A. Barbier, toujours en place en ce début de siècle et « L'Abeille Lorraine qui doit sa création à Edouard Gérard, président de la Société des Pupilles des Sauveteurs de Meurthe et Moselle. Les cotisations se montent à 12 francs. Au gymnase municipal de la Porte de la Craffe ; le "Sport Nancéien" propose 4 entraînements par semaine contre 3 chez les "Chasseurs" dont la salle est ouverte rue des Jardiniers. Le nouveau gymnase du boulevard Charles V n'est qu'un projet : coût prévu : 15 000 francs de l'époque. II sera achevé à la fin de la décennie. La Municipalité n'aura plus à refuser le projet d'un cafetier du Montet qui se proposait d'ériger une salle dans son arrière cour. Les professeurs de gymnastique Antoine, Degalle, Oudin, imposent le respect. Degalle s'est vu décerner les palmes académiques au cours de la 45 Fête Fédérale de Nice. Cette année, c'est à Troyes que ce grand rassemblement se tiendra. On prépare intensément les figures à mains libres ainsi que les pyramides avec ou sans engins. La Boxe Anglaise intéresse quelques gymnastes d'avant garde. Les ressources financières sont limitées aux cotisations, aux recettes de fêtes annuelles, le plus souvent données à la Pépinière, ou encore aux bénéfices des inévitables tombolas.
Sauf lorsqu'un président disparaît avec la caisse. "L'Avant Garde Nancéienne" en a fait les frais en 1897. Elle en a été réduite à se dissoudre. La Gymnastique n'en demeure pas moins vivace : les instituteurs du département ont leur Société « dans le but d'enseigner les excercices militaires et de contribuer à l'exécution de la loi de 1888 ! »
Si bien que la pratique ne se limite pas à Nancy: Cirey, Lunéville, Nomeny, Pont à Mousson ou Viterne ont leur propre foyer. En 1901, la gymnastique est un fait national.

La médaille de l'empereur

Le Sport Nautique de la Meurthe qui s'était donc démarqué, insiste maintenant sur la diversité des activités qu'il offre à ses membres: "A l'exception de l'Ecole Professionnelle qui a inséré différents sports dans son enseignement, Nancy ne possède pas d'établissement où tous les sports sont pratiqués. Le S.N. Meurthe dont l'établissement de bains froids a ouvert ses portes le 28 mai, comble cette lagune. Le Canotage y est pratiqué de façon sérieuse. La natation y est enseignée par des maîtres-nageurs experts. Engageons nos concitoyens à fréquenter cet établissements unique!". C'est au Pont d'Essey, l'emplacement du Port aux Planches abandonné récemment, que se dressent les installations de la S.N.M. Elles ne servent pas uniquement de garage des embarcations : un espace permet la pratique de la gymnastique et de l'escrime. En projet : un tennis derrière le château de la famille Coanet, de l'autre côté du pont. En outre, le club dispose de deux autres garages pour canots. Ils sont situés sur le canal de la Marne au Rhin, à Saint Sébastien (?) et à Maxéville. Le Président Housseaux et les anciens aiment rappeler que l'Empereur Napoléon III avait offert des médailles d'or et d'argent pour la Fête nautique de 1870. Aujourd'hui les dirigeants se félicitent du succès du « quatre de pointe junior » (Humbert, Martzloff, Georges, Henry Gille) aux Régates de Reims. Cet équipage prometteur est naturellement engagé aux Régates internationales du 14 juillet à Nancy. Le vainqueur de la course de Yoles, réservée aux membres, recevra un... service fumeur, offert par la Brasserie de Tantonville. Un mois plus tard, le Sport de la Meurthe se déplacera à la fête de la Société Nautique de Pont à Mousson. On y annonce les rameurs de Sedan. L'aviron a pris le pas sur le simple loisir du canotage.

De la balade aux records

Le cyclisme, lui, remplace peu à peu la vélocipédie, comme on le désigne par
fois encore. Ses pratiquants rapportent gros à l'Etat : la taxe annuelle sur les vélos est de 6 francs, le double sur les tandems. Chaque club organise des balades qui conduisent jusque dans la vallée du Doubs ! Le 15 mai, celle du Véloce Club Nancéien (né en 1882), prévoit un départ à 7 h 05 en gare de Nancy pour rallier Badonviller, en chemin de fer. Là, débutera le circuit qui conduira les participants au Donon (arrêt repas), à Saint Quirin puis à Cirey. Le retour s'effectuera par la voie ferrée avec l'arrivée à Nancy à 9 h 17. Une journée bien remplie. Aujourd'hui, comme le Véloce Club, le Cycliste Lorrain (créé en 1888) est effacé des mémoires. Comme les Etudiants Vélocipédistes Nancéiens. En revanche, la Pédale Nancéienne (1893) était encore particulièrement vivace après la Libération. L'escadron bleu de Pierre Virlat avec ses Bauvin, Rabut et autres Trur régnait alors sur les courses lorraines. Leurs devanciers s'appelaient Houpert, Parel, Fougerousse, Rosper. En 42'10" 2/5, Rosper, licencié au Cycliste Lorrain, établit un record des 25 kilomètres, le 19 mai, sur la route de Champenoux. Houpert préfère la... Pépinière que les cyclistes partagent avec les cavaliers et les chevaux des concours hippiques.

A quand un vrai vélodrome ?

La « piste », remplacée actuellement par le petit stade Maurice De Vienne, n'offre pas le maximum de garanties. La Municipalité consent à la balayer avant chaque réunion cycliste et laisse un tonneau d'eau pour se laver, à la disposition des coureurs. Sur ce tourniquet, les accidents sont inévitables. La première manifestation 1901 du Cycliste Lorrain est marquée par la chute de Palm, un fantassin du peloton cycliste du 153ème, évacué vers l'hôpital. L'accident est survenu durant la course réservée aux militaires. Rosper y a subi la loi de Parel qui participe encore à la "Régionale" où il est battu par le Romarimontain Sifferlin et le local Houpert. L'épreuve « internationale » est dominée par les Parisiens Gougoltz et Guignard. Dotée d'un premier prix de 150 francs, elle a séduit ces deux vedettes. Le journal spécialisé « La Pédale de l'Est » est là pour narrer leurs exploits. Les coureurs lorrains se déplacent aussi : à Belfort, à Commercy ou au Luxembourg. Le 16 mai 1901, ils y découvrent "une coquette enceinte aux virages relevés, préférable au cloaque qu'à Nancy, on décore du nom de vélodrome!". Houpert, "dans un grand jour, se taille la part du lion en enlevant les deux courses professionnelles sur 5 et 25 kilomètres." Ce cyclisme attire de plus en plus de monde. II ne peut se satisfaire du virevire de la Pépinière. L'idée d'un vrai vélodrome est dans l'air. Délégué de l'Union véocipédique de France, René Valdenaire y est favorable. C'est Albert Chèvre, négociant en bestiaux, qui en sera le promoteur. Le vélodrome du Montet, avec une piste bétonnée de 400 mètres, la deuxième de France, sera inauguré en 1906 et fonctionnera jusqu'en 1936.

Des odeurs d'enfer

Au cours de leurs sorties dominicales, les cyclistes croisent de plus en plus souvent un peloton autrement bruyant celui de l'Automobile Club Lorrain. Fondé en 1897, ce nouveau venu qui a son siège, 12, place Stanislas (ce jour magasin DAUM), rassemblait déjà plus de cent membres, un an plus tard. L'apparition de l'automobile, comme précédemment celle du vélo, ne ravit pas tout le monde: "Faire de la vitesse est trop dangereux. Nos banlieues deviennent inaccessibles aux promeneurs", lit-on dans L'Est Républicain. Les cochers renchérissent : "Avec ces chars numérotés, se dresse, pour un cheval, la concurrence farouche et implacable de ce véhicule trépidant, sautant, rapide comme un cyclone, exhalant des odeurs de pétrole, de souffre, des odeurs d'enfer." De retour de leur sortie, les "rois du volant"n'ont guère le temps de s'interroger. Un souper, présidé par le Comte de Bucy, attend chez Walter, le rendezvous à la mode. L'engouement du public suffirait à les rassurer. La prochaine course ParisBerlin mobilise plusieurs équipages régionaux. Ils seront conduits par le baron Adrien de Turckheim, fondateur des Automobiles de Dietrich, installées à Lunéville. Plusieurs autres véhicules de la marque l'accompagnent : celui de M. Leroy, son représentant à Nancy, de Charles Gérard, fils de l'adjoint. Briard, secrétaire de la Presse de l'Est, se chargera du reportage. En ce 19 juin, Porte Saint Nicolas, la foule admire les monstres d'acier. Dans une semaine, elle apprendra que plusieurs moteurs ont explosé avant de rallier Berlin, qu'un enfant a été mortellement heurté dans les rues de Dusseldorf. Et la natation ? Le Sport Nautique n'en a pas l'exclusivité : les Bains des Grands Moulins sont gratuits. M. Percy, maitre nageur, dirige une école de natation au Pont de Malzéville. La Municipalité lui accorde le renouvellement de son bail.

Dimensions collective et ludique

En ce début du XXème Siècle, l'horizon sportif a besoin de s'élargir. La profession de foi du Club Athlétique de Nancy, qui a vu le jour en 1899, le laisse entrevoir : "Nous voulons favoriser et encourager la pratique des sports de façon à donner à l'esprit des distractions saines et agréables. L'exemple nous en est donné dans les pays voisins, Angleterre et Allemagne. II en résultera de sérieux avantages dans notre ville de Nancy." En Angleterre, en Allemagne, l'athlétisme, avec ses courses, ses sauts et ses lancers, est l'expression d'une gestuelle naturelle. A Nancy, le Racing Club Lorrain a déjà organisé le marathon de l'Est. En Angleterre, en Allemagne, le football et le rugby apportent au sport des dimensions collective et ludique, sources premières de leur succès futur. A Nancy, les étudiants jouent déjà au ballon sur les places Carrière et Carnot ou à la Pépinière. Ils ont fondé le Groupe Sportif du Lycée et celui des Etudiants Nancéiens. Après fusion avec le Racing, le club sera baptisé "Stade Lorrain", prédécesseur du Stade Universitaire Lorrain, l'ancêtre du S.L.U.C. L'Union Sportive de l'Est, le Sport Nancéien, lui même, se mettent au football, autrement plus distrayant que la très militaire gymnastique. Sans le savoir, le Sport à Nancy, est entré dans l'ère moderne.

Texte de André ISCH

 

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